Un temps mis à part pour se souvenir

Les cérémonies ou cultes “du Souvenir” on dû être repensées cette année en raison de la situation sanitaire. Comment pouvons-nous proposer du temps et de l’espace pour permettre à chacun.e de déposer, de se souvenir et de trouver force et encouragements pour continuer plus loin dans la vie?

La paroisse dans laquelle je remplace un collègue un peu au pied levé a choisi d’offrir un temps “église ouverte”. J’ai donc réalisé pour cette occasion une petite brochure proposant un parcours tout en textes et gestes symboliques. Musique et temps de silence agrémenteront ce moment.

Évidemment, les personnes sont libres de faire leur propre cheminement. La brochure n’est qu’une proposition. L’idée est aussi que cette brochure puisse aussi être transmise à des personnes qui ne pourront par venir dimanche à l’église.

Voici quelques extraits du cheminement que je propose. Vous pourrez découvrir encore plus de textes, poèmes ou chansons dans la brochure à télécharger en bas de ce billet.

Cheminer avec ce texte de l’Évangile de Matthieu

Aussitôt après, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive pendant qu’il renverrait la foule. Quand il l’eut renvoyée, il monta sur la montagne pour prier à l’écart et, le soir venu, il était là seul.

La barque se trouvait déjà au milieu du lac, battue par les vagues, car le vent était contraire. À la fin de la nuit, Jésus alla vers eux en marchant sur le lac. Quand les disciples le virent marcher sur le lac, ils furent affolés et dirent :

– C’est un fantôme ! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris.

Jésus leur dit aussitôt : – Rassurez-vous, c’est moi. N’ayez pas peur !
Pierre lui répondit : – Seigneur, si c’est toi, ordonne-moi d’aller vers toi sur l’eau.

Jésus lui dit : – Viens !

Pierre sortit de la barque et marcha sur l’eau pour aller vers Jésus, mais, voyant que le vent était fort, il eut peur et, comme il commençait à s’enfoncer, il s’écria: – Seigneur, sauve-moi !

Aussitôt Jésus tendit la main, l’empoigna et lui dit : – Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?

Ils montèrent dans la barque, et le vent tomba.

Ceux qui étaient dans la barque vinrent se prosterner devant Jésus en disant : – Tu es vraiment le Fils de Dieu.

Évangile de Matthieu 14, 22-33

Un temps pour déposer

La vie, ressemble parfois à une tempête au milieu de laquelle nous sommes pris, ballotés, désorientés, sans pouvoir absolu.

C’est la tempête du temps qui passe, la tempête de la maladie contre laquelle on lutte de toutes ses forces. La tempête des coups durs, la tempête des injustices, de la souffrance, de la mort, de la séparation. La tempête des regrets aussi, des « si seulement j’avais encore… ».

Nous nous sentons spécialement perdus au milieu de la tempête ; tout est agité, nous n’avons plus de points de repères. Nous sommes perdus face au vide laissé par les choses qui changent, par les pertes que nous connaissons, perdus face au vide provoqué par le départ de la personne aimée. Et ce vide est en même temps trop plein et trop étroit, comme serré de partout.

On reste dans la tempête, parfois longtemps, à se débattre contre tous les éléments qui se déchaînent contre nous. Nous essayons désespérément de garder la tête hors de l’eau. Parfois c’est trop dur, on n’a plus la force, on coule…

Alors au cœur de la tempête, on pleure, on crie une peine, on crie la colère, ou bien on se tait, on n’a plus de mot…

Un geste symbolique

Déchargez-vous sur Dieu de tous vos soucis, car lui-même prend soin de vous.

1 Pierre 5, 7

J’écris sur une carte ce qui me pèse, un deuil, une difficulté que je rencontre dans ma vie. Je mets la carte dans une enveloppe que je dépose au pied de la croix, signe de la présence de Dieu à nos côtés.

Un temps pour se souvenir et dire adieu

C’est alors qu’au milieu de la tempête, il y a une main qui se tend, une main qui nous tire hors de l’eau : la main d’un parent, d’un ami, d’un voisin.

Pour certains, la musique est cette main tendue, pour d’autres ce sera la poésie. Et puis il peut y avoir la foi, la confiance.

Un tout petit peu, un tout petit bout de confiance, mais déjà assez pour avancer de quelques pas.

Avoir confiance en la promesse qui traverse l’Évangile, en cette promesse d’une main qui se tend quand nous nous mettons à couler, c’est être certain de ne jamais être abandonné, c’est avoir une présence à chaque instant au milieu de notre vie, même au creux de la vague. Avoir confiance en Dieu, c’est savoir qu’au milieu des tempêtes que nous traversons, il y a toujours une main, des mains qui se tendent, et qui nous repêchent.

Rassurés un peu, encouragés par ces mains tendues autour de nous, nous laissons alors émerger à la surface de tendres souvenirs. Nous laissons résonner le vide de nos deuils d’émotions, de rire, d’amour !

Nous prenons conscience de tout ce que nous avons appris au coté de l’être aimé, de tout ce qui nous a rendu plus forts au milieu des tempêtes de la vie. Cela nous appartient, désormais, pour toujours !

Un geste symbolique

N’aie pas peur, car je t’ai racheté. Je t’ai appelé par ton nom : tu m’appartiens.
Si tu traverses de l’eau, je serai moi-même avec toi,
Si tu traverses les fleuves, ils ne te submergeront pas.
Si tu marches dans le feu, tu ne te brûleras pas et la flamme ne te fera pas mal.

Esaïe 43, 1-2

J’allume une bougie en souvenir ce qui a été partagé avec l’être aimé. Je prononce, j’écris son nom.
Je me rappelle avec tendresse d’un moment particulier. Je garde en mémoire ce qui m’a fait grandir à ses côtés.
Je dis adieu.

Un temps pour repartir

La tempête s’apaise alors, tout doucement, le calme revient, le temps des larmes passe, le vide se fait petit à petit moins oppressant. Oh, il sera toujours là, ce vide, et nos vies seront maintenant changées.

Cette nouvelle vie qui s’ouvre au bout de la tempête, nous allons l’apprivoiser.

Avec la force et les ressources propres à chacune et chacun de nous.
Avec le réconfort des mains qui se tendent autour de nous.
Avec la promesse de vivre justement dans la main de Dieu.

Un geste symbolique

J’en prends aujourd’hui à témoin le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie afin de vivre, toi et ta descendance, en aimant l’Éternel, ton Dieu, en lui obéissant et en t’attachant à lui.

Deutéronome 30, 19-20

Je cueille une fleur au bouquet. Je l’emporte avec moi pour témoigner ainsi de la vie qui continue. Dehors, je verrai les mains qui se tendent vers demain.

Un peu de musique

Je partage ici une chanson de Van Morrison, qui m’a inspirée dans la préparation de ce moment.

Voici les jours d’un été sans fin
Voici les jours, c’est maintenant
Il n’y a plus de passé, il n’y a que le futur
Il n’y a que maintenant, il n’y a qu’ici.

Voici les jours, à la rivière scintillante,
De la découverte – tel un trésor – de sa grâce
Voici l’amour de l’unique magicien qui changea l’eau en vin.

Van Morrison, These are the Days

La brochure au format PDF

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *