Laure Devaux Allisson

femme/pasteure/maman/à la maison/mais pas trop/épouse/quadragénaire/heureuse

C’est plus elle qui répondra…

Catherine Ringer est morte cette semaine à l’âge de 68 ans.

Avec Fred Chichin, elle avait formé Les Rita Mitsouko, un duo assez inclassable de la chanson française. Du rock, de la pop, de l’exubérance, de l’humour, des chansons qui donnent envie de danser… et bien souvent, derrière cette apparente légèreté, des textes beaucoup plus graves.

Catherine Ringer était aussi une femme qui revendiquait fortement sa liberté et celle des autres. Elle s’est engagée notamment pour les droits des femmes et le droit à disposer de son corps, pour des causes écologiques et contre l’extrême droite. En 2024, elle avait ainsi participé à la cérémonie célébrant l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution française, en chantant une Marseillaise qu’elle avait elle-même quelque peu transformée.

Le Petit Train

Et puis il y a son histoire familiale. Son père, Sam Ringer, était un peintre juif polonais. Déporté pendant la Seconde Guerre mondiale, il a survécu à plusieurs camps de concentration, notamment Auschwitz. Cette histoire, Catherine Ringer ne l’a pas seulement racontée, elle l’a aussi laissée surgir dans ses chansons.

En 1988, Les Rita Mitsouko enregistrent Le Petit Train.

Catherine Ringer racontera à propos de cette chanson avoir vu dans la rue des enfants de maternelle avancer les uns derrière les autres en chantant une vieille chanson : Le petit train s’en va dans la campagne…
Et soudain, cette image innocente du train traversant une campagne verdoyante lui en évoque une autre : les trains de la déportation. Elle dira que ce n’était pas un sujet qu’elle avait décidé de traiter en tant que fille de déporté. L’image s’était simplement imposée à elle.

La chanson commence comme une comptine, le train avance dans la campagne, traverse la campagne. Il y a les champs, les vaches, les gens qui le regardent passer. La musique est entraînante!

Le petit train
S’en va dans la campagne
Va et vient
Poursuit son chemin
Serpentin
De bois et de ferraille
Rouille et vert de gris
Sous la pluie

Et puis on commence à comprendre: ce petit train n’est peut-être pas celui qu’on imaginait.

Petit train
Où t’en vas-tu?
Train de la mort
Mais que fais-tu?
Le referas-tu encore?
Personne ne sait ce qui s’y fait
Personne ne croit

Le train file vers sa funeste destination…

Le petit train
Dans la campagne
Et les enfants?
Les petit train
Dans la montagne
Les grands-parents
Petit train
Conduis-les aux flammes
à travers champs

Dans son sillage des questions…

Reverra-t-on
Une autre fois
Passer des trains
Comme autre fois?
C’est pas moi qui répondra

Petit train
Où t’en vas-tu?
Train de la mort

Mais que fais-tu?
Le referas-tu encore?

Reverra-t-on une autre fois
Passer des trains comme celui-là?
C’est pas moi qui répondra

Aujourd’hui, nous savons.
Combien de ces trains de la mort regarderons-nous passer encore?

Catherine Ringer nous laisse ces questions…

Le referas-tu encore?
Ce n’est plus elle qui pourra répondre.

Adieu Madame.

Le clip

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