Je travaille, donc je suis

Le 1er mai : on y défile parfois, on en profite souvent. On offre du muguet pour rappeler une histoire faite de combats et de questions toujours actuelles.

Né des luttes ouvrières pour la journée de huit heures, le 1er mai devient un symbole international des droits sociaux. En France, le régime de Philippe Pétain détourne cette tradition en érigeant le travail en devoir moral. Après la guerre, la date retrouve sa portée sociale, sans perdre les ambiguïtés de son histoire.

Le travail revêt toujours une réalité complexe. Il est nécessité : se nourrir, se loger, survivre. Il est aussi source d’émancipation et de reconnaissance sociale.

« Je travaille, donc je suis ». Dans nos sociétés, exister passe largement par le travail salarié. Ce qui n’est pas rémunéré – élever des enfants, prendre soin d’un proche, s’engager bénévolement – compte souvent moins, malgré son importance essentielle.

Alors que vaut une personne qui ne « travaille pas » ? Le chômeur, la retraitée, la mère au foyer ou le réfugié : toutes font l’expérience d’une forme d’invisibilité sociale. Comme si le salaire demeurait la mesure principale de la valeur humaine.

Cette vision s’inscrit dans une longue histoire culturelle. Max Weber voyait dans la Réforme protestante l’un des moteurs de l’esprit du capitalisme moderne. En faisant du travail une vocation, un service rendu à Dieu et au monde, elle a profondément façonné notre rapport à l’activité. Mais le sens a peu à peu glissé… du service à la performance, de l’appel au rendement.

Aujourd’hui, notre rapport au travail reste questionné. Télétravail, nouvelles aspirations, mais aussi précarité croissante ; le travail change de forme et ne garantit plus toujours la survie, alors même que beaucoup continuent d’en attendre sens et épanouissement.

Le 1er mai rappelle qu’on ne peut réduire la valeur d’un individu à sa capacité de production. Elle se mesure aussi à sa capacité de relation et d’engagement envers les autres. Une société juste ne reconnaît pas seulement celles et ceux qui produisent, mais aussi ceux et celles qui soutiennent, transmettent, existent. Car si le travail demeure essentiel à la vie, il ne saurait à lui seul dire tout le potentiel de notre humanité.

Billet paru dans le Journal du Jura du 2 mai 2026

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