Laure Devaux Allisson

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Impertinence : vilain défaut ?

Billet paru dans le journal Bienn’Attitudes de la paroisse réformée de Bienne, édition de mai-juin 2026

Le mot « impertinence » vient du latin impertinens, « hors de propos ». Être impertinent, c’est sortir du cadre, dire ou faire ce qui dérange. On considère souvent l’impertinence comme de l’insolence. Mais, à y regarder de plus près, l’impertinence ne serait-elle pas une forme de liberté ? Celle de ne pas se laisser enfermer dans ce qui est attendu…

Qui n’a pas en tête l’image iconique d’Albert Einstein tirant la langue ? Derrière le savant, l’impertinent. Un geste simple qui bouscule l’image du génie austère et nous rappelle que l’intelligence – celle de l’esprit comme celle du cœur – n’a pas besoin de se prendre au sérieux pour exister.

À l’occasion de la fête des enfants de l’Arrondissement placée sous le thème « Langue de génie », les jeunes pourront exercer leur propre génie : leur capacité bien réelle à regarder autrement, à poser des questions, à oser un pas de côté. Tirer la langue deviendra alors plus qu’un jeu. Une manière d’affirmer sa liberté. Une petite résistance, déjà !

Le monde a besoin de « bouffons du roi » chaque fois que l’inacceptable devient la norme. Des femmes et des hommes qui, chacun à leur manière, mais avec le même courage, osent tirer la langue aux puissants pour réveiller les consciences : Greta Thunberg, Banksy, Bruce Springsteen, Carla del Ponte, Coluche, Simone Veil, Desmond Tutu, Rosa Parks… et un certain Jésus de Nazareth.

Oui, l’Évangile est profondément impertinent, porté par un Jésus qui s’inscrit dans cette lignée de « sainte effronterie » qui traverse les récits bibliques : celle d’Abraham négociant serré avec Dieu, celle de Job demandant des comptes sur l’injustice, ou encore celle des prophètes bousculant les faux-semblants. À leur suite, Jésus dérange les codes de son temps. Il mange avec les exclus, place l’amour au-dessus de la loi et affirme que les derniers seront les premiers. Il ne conforte personne dans ses certitudes, il les déplace.

Là où l’on voudrait parfois une foi tranquille et sans aspérités, l’Évangile introduit du décalage et de la remise en question.

On voudrait nous faire croire que l’impertinence est un défaut. C’est au contraire notre force. Celle qui nous empêche de confondre respect et conformisme, foi et rigidité. Celle qui nous garde libres, attentives, vivantes. Car cette impertinence n’est jamais gratuite, elle est l’audace nécessaire pour replacer l’autre au centre de nos engagements.

C’est là que le génie commence !

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