Une histoire de communication
Billet paru dans le journal paroissial Bienn’Attitudes, édition septembre-novembre 2026
Quand on parle de communication en Église, on pense immédiatement à la publicité: une affiche, des publications sur les réseaux sociaux, un flyer qui donne envie. Et la question surgit: tout cela est-il nécessaire? Ne ferions-nous pas mieux de nous concentrer sur ce que nous faisons, plutôt que de dire ce que nous faisons?
Mais communiquer, c’est bien plus que de donner une information. Dans les années 1960, Paul Watzlawick et l’École de Palo Alto ont montré que communiquer ne consiste pas à transporter intact un message d’un point A à un point B. Tout compte: les mots, la relation, le contexte, celui qui parle et celui qui reçoit. La Bible fonctionne ainsi depuis des siècles. Ses textes sont nés dans des contextes précis, pour des destinataires précis: Paul adapte ses lettres à leurs destinataires; les quatre évangiles racontent le même Jésus, mais pas de la même manière.
Watzlawick affirme aussi que » on ne peut pas ne pas communiquer »: même un silence a du sens. Étonnant écho avec la finale la plus ancienne de l’évangile de Marc: les femmes s’enfuient du tombeau vide et ne disent rien à personne. Le récit s’arrête sur ce silence, et c’est désormais au lecteur que la nouvelle est confiée.
Autre apport de Watzlawick: tout message comporte un contenu, mais aussi une relation. La Bible ne fait-elle pas de même? Elle ne transmet pas seulement des informations sur Dieu ou le monde. Récits, prières, lettres, paraboles mettent le lecteur en relation, l’interrogent, parfois le déplacent.
Deux mille ans nous séparent des premiers lecteurs des textes bibliques. Comprendre leur contexte, leur langue et ce qu’ils signifiaient alors est essentiel – une exigence au cœur de la démarche réformée. Mais les destinataires ont changé, les contextes aussi. Transmettre suppose donc toujours de chercher comment une parole peut être entendue aujourd’hui.
Utiliser les moyens de notre temps, ce n’est dès lors pas simplement être dans l’air du temps: cela fait partie de la transmission. Que seraient devenues les idées de la Réforme sans l’imprimerie? Depuis deux mille ans, une Bonne Nouvelle cherche à se dire. Chaque époque a trouvé ses moyens pour la faire entendre.
À nous de choisir ceux de la nôtre !
Le livre
Publié en 1967 aux États-Unis, Une logique de la communication est devenu l’un des ouvrages de référence de l’École de Palo Alto. Plus de cinquante ans après sa parution, il reste largement cité et enseigné, même si la recherche en communication a depuis considérablement évolué et nuancé certains de ses modèles. Il se lit aujourd’hui moins comme une théorie définitive que comme un ouvrage fondateur, qui a contribué à déplacer le regard: de ce qui est dit vers ce qui se joue entre les personnes.

