Billet paru dans le Journal de Bienne et du Grand Chasseral, le samedi 19 septembre, veille du Jeûne Fédéral.
Le Jeûne fédéral évoque avant tout la tarte aux pruneaux. Confectionnée avec un savoureux guêlon et agrémentée de crème fouettée, force est de reconnaître qu’il y a plus austère comme manière de jeûner ! Ce serait pourtant un peu court de résumer cette journée à une recette culinaire.
La tradition est ancienne. Dès le Moyen Âge, des journées de jeûne et de prière étaient proclamées lors de guerres, épidémies, famines ou tensions. En 1832, la Diète fédérale fixe une journée commune, le troisième dimanche de septembre, pour chercher dans une Suisse profondément divisée ce qui pouvait rassembler. Une journée désormais fédérale – sauf pour Genève – dont le sens tient en quelques mots d’un autre temps qui méritent de retrouver toute leur saveur : action de grâce, pénitence et prière.
Il est facile de tenir pour normal ce qui fait notre quotidien : vivre en paix, pouvoir donner son avis, manifester, voter. Compter sur des personnes qui soignent, enseignent, cultivent, construisent, s’engagent. Une présence, quelqu’un qui appelle, une bonne nouvelle qui ne fera jamais la une. L’action de grâce, c’est refuser que l’habitude nous fasse oublier l’immense valeur de tout cela.
La pénitence, sans doute le mot le plus difficile à avaler, tant il sent la culpabilité ! Une idée simple pourtant : accepter de porter un regard honnête et critique sur soi-même, jusque dans ses propres idées. Ma liberté de penser me rend responsable de réfléchir à ce que je pense, en m’informant, en confrontant mes idées à d’autres, en laissant mes convictions être bousculées. Dans une semaine, nous votons ; une occasion de construire une opinion argumentée, au-delà des slogans réducteurs et des affiches qui transforment des symboles en arguments.
Oui, nous pouvons réfléchir, choisir, agir, nous engager, mais nous n’avons pas la main sur tout. La prière est une manière de faire place à ce qui nous dépasse, de reconnaître nos limites sans nous y réfugier. Ne pas pouvoir tout faire n’est pas une raison pour ne rien faire.
Action de grâce, pénitence et prière : une vieille recette dont on ne sera sans doute jamais rassasiées! Alors, vous en reprendrez bien une part ?